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Memo des lectures & relectures

Mars 2011
Penser la différence, Levinas/ Blanchot
L'Ile du jour d'avant, Umberto Ecco
Un ciel à hauteur d'homme, Georges Bonnet
Lettre au père, Kafka
Lettres, Madame de Sévigné
Lettres de Capri, Mario Soldati
Le tu et le silence, Bernard Noël
La langue d'Ana, Bernard Noël
Les premiers mots, Bernard Noël

Février 2011

Wittgenstein et les sortilèges du langage, Jacques Bouveresse
Archéologie du savoir, Michel Foucault
La piste mongole, Christian Garcin
Du Baïkal au Gobi, Christian Garcin
Ana non, Agustin Gomez-Arcos
Guerre et Spray, Banksy
40 Street Artistes au carré, Chrixcel
Trespass, histoire de l'art urbain illicite, collectif, chez Taschen
Janvier 2011
Purge, Sofi Oksanen
La parole et l'aliénation, Lucien Israël
Les neiges bleues, Piotr Bednarski
L'attrape-coeur, Salinger
Papiers collés, Georges Perros
Devant la porte, Franz Kafka
À bas l'utile, Bernard Noël
L'Être urbain, Raymond Bozier
Trois chevaux, Erri de Luca
Nous aurons toujours Paris, Eric Faye

Le retour d'Ulysse

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Mise à jour le Dimanche, 08 Janvier 2012 20:47 Écrit par Virginie Lou-Nony Dimanche, 08 Janvier 2012 18:46

Y a-t-il des Ulyssa? Ulyxia? Étrange sentiment de retour au pays sur ce blog, pourtant si lointain. Familiarité et étrangeté. C'était avant. Avant Parain et le énième passage par Nietsche, comme si on n'en finissait jamais de réaliser. Impression d'être passée du prurit à la peste bubonique, sans espoir de guérison. La maladie me ronge la langue. Voir les autres s'égarer dans le signifiant, rattrapés par le signifié, ne procure qu'une pauvre joie méchante. Et pourtant, il faut parler. Demain.

À la base de l'art, il y a la honte d'être un homme… L'artiste, c'est celui qui libère la vie, c'est ça résister. Deleuze

 

Langue de fin de partie

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Mise à jour le Mardi, 15 Mars 2011 08:28 Écrit par Virginie Lou-Nony Mardi, 15 Mars 2011 07:18

Fukushima
Un coup d'oeil aux informations ce matin donne la mesure du décrochage entre langage officiel et réalité. Certes, on est accoutumés aux mensonges. Les historiens n'en finissent pas de révéler ceux de la Grande Muette en temps de guerre, la première, la deuxième, celle d'Algérie… Cinquante, soixante ans après, le film Les indigènes nous atteint comme une révélation. Les moines de Tibérine prétendument exécutés par le GIA auraient été liquidés par l'armée algérienne. Sans parler des mensonges au jour le jour sur les affaires Bettencourt, Karachi, Clearstream, les petits traficotages de MAM, celle-là même qui terrorisait les terroristes jusqu'au pied des Monédières, avec le dictateur Ben Ali.
Bref, nous sommes abreuvés de mensonges jusqu'à la nausée. Pourtant, un pas vient d'être franchi.
L'accident des centrales les plus sûres du monde, au Japon, pose un problème évident même à ceux qui étaient jusqu'alors pour le nucléaire. À preuve Martine Aubry, guère réputée pour sa mobilité intellectuelle, commence à changer de discours et à se dire qu'effectivement, ce nucléaire qui nous rapporte tant de pognon pourrait bien nous apporter l'apocalypse en prime, et qu'il serait peut-être temps de se raviser.
Ce n'est évidemment pas le cas de notre sérénissime minuscule, toujours aussi bravache.
Sarkozy-deni
Mais ce n'est pas le cas non plus, bien que ce soit moins voyant, de l'ambassade de France à Tokyo. On peut se demander ce que ces types ont dans la tête.

Ils sont aux premières loges pour connaître la réalité des chiffres de la radioactivité. Ils n'ignorent pas que non seulement les caméras du monde entier, mais aussi des instruments de mesure scientifiques sont braqués sur l'événement. Que la communication du gouvernement japonais est aussi mensongère que celle de l'Élysée, mais que l'affaire est internationale, qu'un bâtiment américain chargé jusqu'à la gueule d'informatique a enregistré une pollution nucléaire dans l'air à 160km de Tokyo quand le gouvernement japonais assurait à la marquise que tout allait pour le mieux.
Alors qu'est-ce qu'ils croient, ces types, en relayant l'invraisemblable dans leurs communiqués officiels? Que la réalité va se coucher devant leurs télégrammes comme à longueur de jour leurs laquais filent doux ? Ils font des incantations ? Ils pensent qu'en répétant tout va bien ils vont sropper la réation en chaîne ? Ils ont totalement coupé contact avec le réel ? Leur seule réalité se limite à leurs communiqués et aux phrases des ambassades ?
4 heures: Les prévisions météorologiques indiquent que le vent est en train de tourner
.

Est en train, cela signifie en bonne logique que pour l'instant, le vent ramène le nuage sur la ville. Mais le communiqué porte sur les prévisions qui indiquent que le vent est en train de tourner.
N'est-ce pas merveilleux ? Et alors même qu'ils sont aux premières loges, les bougres, puisqu'ils auront beau se cacher sous leur bureau à l'ambassade, ils le respireront à pleins poumons, le nuage radioactif… D'ailleurs à 5h, une heure après leur communiqué à la con, le nuage est effectivement sur Tokyo et la municipalité ne peut même plus faire à la marquise les yeux de Chimène… Et ils l'avalent le poison nuage, ces imbéciles…
Ce qui se passe, c'est peut-être que ce pouvoir parfaitement opaque, qui depuis la naissance des journaux et de la télé fabrique l'opinion, la gouverne à sa guise et nous fait prendre des vessies pour des lanternes, ce pouvoir dans l'énormité du mensonge, nous le DÉCOUVRONS. Nous n'avions pas imaginé qu'à ce point il y avait un abîme des discours aux réalités. Mais eux, ils continuent comme devant. Comme les personnages de dessin animé continuent à courir sur le vide. Ils n'ont pas réalisé que la révolution de l'information, via Internet, les déshabillait. Et à poil, bite au vent, ils continuent à nous parler avec le même air de morgue qu'en queue de pie. Le problème c'est que ça ne nous impressionne pas. Ça nous fait rire. À en crever, c'est vrai.

 

archéologies

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Mise à jour le Lundi, 21 Février 2011 10:15 Écrit par Virginie Lou-Nony Lundi, 21 Février 2011 08:59

heterotopieTraversant le même espace - est-ce le même espace ? - trois personnes partageant la même langue, la même "culture", se fabriqueront pourtant des espaces mentaux différents. L'une fera une collection de fragments, un collage (une marquise jaune à l'angle de la rue, un banc, un caddie de marché, le détail du pavé, une statuette dans une vitrine, etc.). L'autre organisera un ensemble de lignes, quelque chose d'apparenté au plan, rues, boulevards, carrefours. Une troisième en pleine ville ne remarquera que les massifs et les traces de végétation. Une quatrième n'aura vu que le regard croisé d'un homme, ou d'un chien, et la détresse ou la folie de ce regard l'auront emportée dans un autre ordre de réalité.
Un peintre sera sensible aux couleurs, à l'organisation des volumes ; un photographe aux passants, à la répétition des lignes, aux rencontres cocasses des êtres et des signes.

 

Clowns

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Mise à jour le Lundi, 21 Février 2011 10:15 Écrit par Virginie Lou-Nony Dimanche, 20 Février 2011 08:32

Giandomenico Tiepolo, L'altalena dei PulchinellaJe découvre un parallèle étonnant dans la quête -d'identité ? de vérité de sa parole créatrice ?- menée par Henri Michaux et par Giandomenico Tiepolo (fils de Gianbattista Tiepolo).
Un vouloir être hors des routes domestiques, une authenticité loin des regards, un désengagement du monde et de ses fausses valeurs pour saisir l'insaisissable esprit.
Pour le peintre et le poète, cela passe par la tentation de l'anonymat, la nécessité de l'anonymat. Pour le peintre, cet anonymat était doublement nécessaire: pour se détacher du nom du père, et pour trouver sa vérité.
Sans nom parce qu'universel, désincarcéré du social, l'esprit de vie, joie et simplicité, anime les corps blancs et difformes du Pulchinella vénitien comme le clown de Michaux.
Au peintre, le non-héros, le non-sujet (par opposition aux héros mythiques et aux sujets convenus de la peinture de cour pratiquée par son père Giambattista) advient après vingt années de silence pendant lesquels - j'imagine - il se cherche hors des routes parcourues avec son père.
Le clown du poète – qui était aussi peintre - est un combat, un arrachement à soi, une sculpture à mains nues de sa propre chair dépiautée.

 

Territoires d'écriture

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Mise à jour le Jeudi, 03 Février 2011 20:28 Écrit par Virginie Lou-Nony Dimanche, 30 Janvier 2011 11:26

ToscaneUne idée répandue veut que pour chacun, écrivant occasionel ou compulsif, écrivain reconnu ou obscur, authentique ou toc, le langage s'apparente à un territoire. Celui qui écrit aurait sous les pieds, le clavier, la main, un pays de mots où il reviendrait puiser. Un corollaire de cette idée est que le territoire réel, de naissance, le territoire de l'enfance et de la langue maternelle nourrit, voire fonde ce territoire de langage.
Ce n'est pas faux, sans doute. Les premières sensations accrochées aux signifiants gazouillés par l'enfant, les premiers mots, la langue de la mère, des parents, du terroir, sont le terreau d'un langage poétique, pourrait-on dire, singulier.  Mais peut-être l'image du territoire empêche-t-elle de saisir ce que ce découpage, opéré par chacun dans l'infinitude de la langue, des langues, a de volatil et de mouvant en dépit de son enracinement.
Ce territoire est peut-être moins à atteindre qu'à recréer sans cesse. C'est une organisation en mutation constante, un organisme plus qu'une terre entendue dans son espace bordé de frontières. Un mot peut changer de couleur, d'être, tout comme nous, écrit Georges Perros. Car enfin, bien malin qui devinerait, à nous voir seulement dans la journée, dans nos bureaux, nos usines, nos métros, nos occupations plus ou moins dérisoires, qui oserait imaginer que nous sommes aussi ces individus susceptibles de folies amoureuses…

 

Départs

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Mise à jour le Vendredi, 28 Janvier 2011 11:27 Écrit par Virginie Lou-Nony Mardi, 25 Janvier 2011 14:45

grands départsIls sont sur le départ, madame X et monsieur Y.
Monsieur Y a déjà enfilé son manteau, tandis que madame X vérifie. A-t-elle bien pris ses clés ? Celles du garage ? Celles de la réserve ? (imaginons qu’ils aient une réserve) ; n’oublierait-elle pas sa carte bleue, son passeport, sa carte d’identité, sa carte vitale ? ; a-t-elle mis une petite culotte propre ? (en cas d’accident – mais la question est idiote, madame X ne renfile jamais la petite culotte de la veille…).
Monsieur Y, à qui la chaleur du manteau ajoutée à celle de la maison pèse, lui dit, Alors, tu viens ? Il a besoin d’air. L’air lui manque. Heureusement, ils partent !
Elle répond J’arrive ! sur un ton primesautier, j’arriiiive… Mince, elle a oublié de demander aux voisins de nourrir le chat en leur absence. Elle ajoute donc, ferme : Il faut absolument que j’appelle les Z ! Une seconde ! 
 

La langue de bois ne protège pas du cancer

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Mise à jour le Vendredi, 21 Janvier 2011 19:21 Écrit par Virginie Lou-Nony Mercredi, 19 Janvier 2011 21:10

Thumbnail imageLa langue de bois que les hommes politiques manient avec art n’est pas aussi homogène que son appellation le laisserait supposer. Elle n’est pas non plus réservée au monde politique. À l’heure où chômage et précarité interdisent pratiquement toute contestation, chacun y va de sa novlangue dans son petit coin de bureau, et gare à qui (moi, au hasard) s'avise de dire ce que chacun n'ose penser.
On pourrait, sans trop pousser le bouchon, dire que la langue de bois est celle de nos relations professionnelles, celle de nos relations entre "copains". Rares sont les attachements assez profonds pour échapper à cette langue qu'on dit policée parce qu'on y fait la police contre soi-même. On élude, on biaise, on dénie. On préfère le cliché éprouvé au mot plus juste mais inédit. On ne se risque pas. On ne dit pas.
La langue de bois se décline, va de la dissimulation, de l’habillage de réalités fâcheuses au mensonge éhonté, en passant par l’infinie bigarrure des demies vérités et des approximations. La langue de bois est la langue de la tribu, comme la nommait Mallarmé, et non pas comme on voudrait le croire la langue d'une seule tribu, les vilains politiques. Car à ce petit jeu de cache cache, nous sommes tous des vilains, toujours curieux – puisque nous la pratiquons, nous en connaissons le fonctionnement – de deviner à la fois quelle vérité se cache sous le mensonge, mais aussi ce que le mensonge révèle, ce qui n’est pas la même chose.

 

La basse-cour de Babel

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Mise à jour le Mercredi, 26 Janvier 2011 08:29 Écrit par Virginie Lou-Nony Lundi, 17 Janvier 2011 14:50

coqUne blague éculée met en scène un instituteur arpentant avec componction la classe, pour dicter la phrase du jour, Les poules étaient sorties dès qu’on leur avait ouvert la porte ; et un malheureux gamin que le même componctueux instit traîne par l’oreille à travers la classe avant de le jeter dehors pour avoir écrit : Les poules étaient sorties, des cons leur avaient ouvert la porte.
Si la blague fait rire, ce n’est pas seulement qu’on s’y autorise à dire un gros mot. C’est qu’on y comprend bien que le malentendu est fondé sur une expérience de vie : c’est une école de campagne, le gamin n’a peut-être jamais vu ouvrir la porte aux poules qui restent cloîtrée dans leur basse-cour ; ou peut-être, si j’en juge par ma propre enfance à la campagne, a-t-il joué lui-même au con en ouvrant nuitamment la porte du poulailler voisin.
Peu importe au fond l’expérience concrète qui amène le môme à écrire des cons à la place de dès qu’on, mais ce qui est clair, c’est qu’il a mis dans le mot, le jeu de mot, son je.
Et ce qui fait rire, c’est moins le jeu de mots que cette évidence : le mot ne dit rien. Il ne transmet rien. C’est une coquille que chacun farcit de son expérience.